L'essentiel en 5 points
- L'intervention ne répare pas le ligament : elle le remplace par un tendon prélevé sur vous, qui devra ensuite se transformer.
- Elle est le plus souvent réalisée en ambulatoire, sous arthroscopie, et dure de l'ordre d'une heure.
- Les greffes usuelles sont les ischio-jambiers, le tendon rotulien et le tendon quadricipital : la littérature ne départage pas nettement leur stabilité.
- Opérer un genou gonflé et raide expose à une raideur postopératoire : la préparation du genou fait partie de l'intervention.
- Une greffe posée n'est pas un genou réparé : la maturation biologique s'étale sur de longs mois, ce qui explique les délais de reprise.
L'opération du ligament croisé antérieur, appelée ligamentoplastie, ne recoud pas le ligament rompu : elle le remplace par un tendon prélevé sur le patient, fixé dans des tunnels percés dans le fémur et le tibia. Elle se pratique sous arthroscopie, le plus souvent en ambulatoire.
Ce que fait l'opération, et ce qu'elle ne fait pas
Le ligament rompu n'est pas réparé. Il est retiré, et un tendon prélevé ailleurs sur le genou vient prendre sa place, passé dans deux tunnels osseux et fixé à chaque extrémité. La technique est arthroscopique : quelques incisions de taille réduite pour la caméra et les instruments, auxquelles s'ajoute la cicatrice du prélèvement.
Ce point est décisif pour comprendre la suite. À la fin de l'intervention, le genou possède une contention mécanique solide, mais le greffon n'est pas encore un ligament. Il va subir une transformation biologique longue, pendant laquelle sa résistance passe par une phase de fragilisation avant de remonter. C'est cette maturation, et non la cicatrisation cutanée, qui commande les délais de reprise.
Trois conséquences pratiques
- Un genou qui ne fait plus mal à six semaines n'est pas un genou prêt.
- La stabilité ressentie précède largement la solidité réelle de la greffe.
- Le calendrier de reprise ne se négocie pas à la sensation : il suit des critères mesurés.
Quand se décide l'intervention
La chirurgie n'est pas systématique et elle est rarement urgente. Le cadre français de référence rappelle que l'indication tient compte de l'instabilité ressentie, des lésions associées, de l'âge, du niveau et du type d'activité. Trois éléments pèsent plus que les autres.
- L'instabilité : des dérobades répétées orientent vers la chirurgie, un genou stable beaucoup moins.
- Les lésions associées : une lésion méniscale réparable est un argument fort pour opérer, et pour ne pas trop attendre.
- Le projet : sports de pivot et contact, métier très exposé, contraintes de calendrier.
Une exception à la non-urgence : un genou bloqué par une anse de seau méniscale se prend en charge rapidement. En dehors de cette situation, le délai avant l'opération est un délai utile.
Opérer un genou préparé
Entrer au bloc avec un genou gonflé, chaud, incapable de se tendre complètement et avec un quadriceps éteint expose à une raideur postopératoire difficile à rattraper. Les objectifs de la période préopératoire sont donc précis : genou sec, extension complète identique au côté sain, verrouillage du quadriceps retrouvé, marche sans boiterie. Cette phase fait partie du traitement, elle n'est pas une salle d'attente.
Vous lisez pour savoir où vous en êtes
Reprise LCA répond à cette question chaque semaine : où en est votre genou, ce qu'il reste à gagner, ce qui vous sépare de la phase suivante.
Les greffes : ce qui les distingue vraiment
Trois prélèvements dominent la pratique. Ils aboutissent à des résultats de stabilité comparables dans la littérature ; c'est sur les suites et sur les inconforts résiduels qu'ils diffèrent.
| Greffe | Ce qui est prélevé | Points souvent avancés | Contreparties fréquentes |
|---|---|---|---|
| Ischio-jambiers DIDT, DT4 |
Un ou deux tendons de la face interne de la cuisse, repliés en plusieurs brins. | Appareil extenseur épargné, appui à genoux généralement mieux toléré, cicatrice discrète. | Récupération plus longue de la force des ischio-jambiers, tiraillements postérieurs, zone d'insensibilité sous la cicatrice. |
| Tendon rotulien Kenneth Jones |
Le tiers central du tendon rotulien avec deux baguettes osseuses. | Fixation os contre os, historiquement privilégiée chez les sportifs de pivot. | Douleur antérieure du genou, gêne à l'agenouillement parfois durable, cicatrice verticale visible. |
| Tendon quadricipital | Une partie du tendon au-dessus de la rotule. | Greffon épais, prélèvement épargnant les ischio-jambiers, usage en progression. | Déficit de force du quadriceps à récupérer, recul plus limité que les deux techniques historiques. |
Deux gestes complémentaires reviennent souvent dans la discussion. La plastie latérale, ou ténodèse antérolatérale, ajoute un renfort sur la face externe du genou et est discutée en cas de forte laxité, de sport de pivot ou de reprise après échec. La réparation méniscale, quand elle est possible, préserve le ménisque mais impose des consignes plus strictes les premières semaines, appui et flexion limités.
Préparer la discussion sur la greffe
Cochez ce qui correspond à votre situation. L'outil affiche les arguments réellement discutés pour chaque greffe, afin d'arriver en consultation avec les bonnes questions.
Le déroulement, étape par étape
- La consultation d'anesthésie. Obligatoire avant l'intervention. C'est le moment de signaler traitements, allergies, antécédents et de discuter du type d'anesthésie et du bloc nerveux.
- La veille et le matin. Jeûne selon les consignes du service, douche antiseptique si elle est prescrite, retrait des bijoux et du vernis. Les traitements habituels ne s'interrompent jamais de sa propre initiative.
- Au bloc. Anesthésie, garrot le plus souvent, arthroscopie de contrôle, traitement des lésions associées, prélèvement de la greffe, forage des tunnels, passage et fixation du greffon.
- Le réveil. Genou pansé, parfois attelle selon les gestes réalisés, analgésie encore active. Premier lever et apprentissage des béquilles avec le kinésithérapeute ou l'infirmier.
- La sortie. Le jour même dans la majorité des cas, avec ordonnances, consignes écrites, date du premier pansement, coordonnées d'urgence et rendez-vous de contrôle.
Vérifiez avant de quitter l'établissement que les points suivants figurent noir sur blanc : l'appui autorisé et son éventuelle limite, l'amplitude de flexion permise, le port et le réglage de l'attelle, la prévention de la phlébite, la date de début de la rééducation et le numéro à appeler en cas de problème.
Ne pas perdre le fil des consignes
Reprise LCA rassemble les consignes de votre équipe, les objectifs de la phase en cours et ce que vous observez au fil des semaines, en un seul endroit.
Les complications possibles
Comme toute chirurgie, la ligamentoplastie comporte des risques. Ils sont peu fréquents mais doivent être connus, et surtout reconnus assez tôt pour être traités.
- Infection du site opératoire : fièvre, cicatrice rouge ou qui coule, douleur qui augmente.
- Phlébite et embolie pulmonaire : mollet douloureux et tendu, essoufflement inhabituel.
- Raideur et perte d'extension, favorisées par une opération réalisée sur un genou inflammatoire.
- Douleurs antérieures et gêne à l'agenouillement, surtout après prélèvement du tendon rotulien.
- Insensibilité cutanée autour des cicatrices, très fréquente et souvent définitive sur une petite zone.
- Rupture de la greffe ou rupture du ligament du genou opposé, notamment lors d'une reprise trop précoce du sport.
Devant de la fièvre, un mollet douloureux, un essoufflement ou une douleur qui augmente de jour en jour, l'équipe chirurgicale se contacte sans attendre le rendez-vous prévu.
Ce qu'il faut demander avant de signer
- Quelle greffe proposez-vous dans mon cas, et pourquoi celle-là ?
- Une plastie latérale est-elle prévue ? Une réparation méniscale est-elle envisagée ?
- Quel appui et quelle flexion serai-je autorisé à faire en sortant ?
- Une attelle est-elle prévue, et pour combien de temps ?
- Quand commence la rééducation, à quelle fréquence, et avec quel protocole ?
- Quels critères devrai-je atteindre pour courir, puis pour reprendre mon sport ?
- Quel arrêt de travail est réaliste compte tenu de mon poste ?
Questions fréquentes
L'opération du ligament croisé est-elle obligatoire ?
Non. Trois stratégies coexistent dans la littérature : rééducation seule, rééducation puis chirurgie différée, chirurgie précoce. L'indication chirurgicale tient compte de l'instabilité ressentie, des lésions associées, de l'âge, du niveau et du type d'activité. Un genou stable, sans dérobade et sans lésion méniscale réparable, peut être pris en charge sans chirurgie.
Combien de temps dure l'opération du ligament croisé ?
La reconstruction isolée dure de l'ordre d'une heure, prélèvement de la greffe compris. La durée augmente en cas de geste associé, réparation méniscale ou plastie latérale notamment. À cela s'ajoutent la préparation, l'anesthésie et la surveillance, ce qui occupe généralement la journée en ambulatoire.
Quelle greffe choisir pour le ligament croisé ?
Les études comparatives ne montrent pas de supériorité nette d'une greffe sur l'autre en matière de stabilité obtenue. Les différences portent surtout sur les suites : gêne à l'appui à genoux plus fréquente après prélèvement du tendon rotulien, récupération de la force des ischio-jambiers plus longue après prélèvement DIDT. Le choix se fait avec le chirurgien, en tenant compte de votre sport, de votre métier et de sa propre pratique.
Faut-il opérer rapidement après la rupture ?
Sauf situation particulière comme un genou bloqué par une anse de seau méniscale, l'intervention n'est pas urgente. Opérer un genou encore gonflé, chaud et raide augmente le risque de raideur après l'opération. Le délai est habituellement mis à profit pour dégonfler le genou, récupérer l'extension complète et remuscler.
Quelle anesthésie pour une ligamentoplastie ?
Le choix se fait en consultation d'anesthésie : anesthésie générale ou rachianesthésie, très souvent associées à un bloc nerveux qui prolonge l'analgésie plusieurs heures après le réveil. Ce bloc explique la sensation trompeuse d'un genou indolore au retour à la maison, et l'importance de commencer les antalgiques avant qu'il ne se dissipe.
Faut-il enlever le matériel après une ligamentoplastie ?
Dans l'immense majorité des cas, non. Les systèmes de fixation, vis ou dispositifs suspenseurs, sont conçus pour rester en place. Un retrait n'est envisagé qu'en cas de gêne persistante clairement rattachée au matériel.